Comme un dimanche au fleuve fait partie d’une série d’installations de peintures déroulantes intitulée Les déroulantes, initiée dans le cadre d’une résidence de création et de recherche au sein de la commune de Bassens en Gironde (33).

Disposées sur une structure, presque une architecture, les peintures déroulantes sont manipulables. Cette installation invite les visiteuses et visiteurs à interagir avec les peintures qui s’ouvrent et se referment comme des stores, permettant de recadrer la peinture et de créer, à l’infini, de nouveaux paysages. Cassandre Cecchella offre la possibilité de choisir ce qui est à voir de ses œuvres. Comme un dimanche au fleuve joue d’une ambivalence entre une architecture et un théâtre, entre les stores que l’on baisse pour conserver l’intimité de ce qui se passe dans nos intérieurs, et les rideaux que l’on lève au début d’une représentation.

Cette œuvre s’inscrit dans le travail de Cassandre autour de la peinture d’après photographies collectées ou retrouvées, qui évoquent des scènes empruntant à des souvenirs, dépeignant des moments intimes, autour d’un repas ou d’une activité en plein air.

L’installation Comme un dimanche au fleuve combine des souvenirs de différentes personnes et projette ce que pourrait être un dimanche au bord d’un fleuve, aujourd’hui. On y découvre des personnes en train de jouer dans l’eau, de plonger, de bronzer ou se promenant, chien en laisse, enfants sur les épaules. Cassandre Cecchella transforme ces souvenirs intimes et individuels en souvenirs partagés, appartenant en quelque sorte à tout le monde, chacun pouvant s’y projeter à partir de sa propre histoire.


 

À Bassens, Cassandre Cecchella a collecté les souvenirs de celleux qui voulaient bien pousser la porte de son atelier. Habituée de la peinture sur motif, l’artiste s’est pour la première fois soumise au jeu de la commande en laissant à ses voisin·es le soin de choisir les sujets de ses peintures. Les images qu’elle a glanées composent ainsi un album de famille élargi. Elles sont les réminiscences de vacances à la mer, de moments de plaisir et d’oisiveté passés aux bords de cours d’eau. Si elles évoquent des toiles impressionnistes comme Un dimanche à la Grande Jatte de Seurat ou les photographies ayant captées les joies des premiers congés payés ; elles disent aussi quelque chose de la topographie de la commune. Si Bassens est bordée par la Garonne, elle est une ville portuaire, les habitant·es n’ont donc que trop peu la possibilité de se frayer un chemin jusqu’à l’eau. Les toiles de Cassandre Cecchella agissent donc comme un révélateur de cet empêchement puisque rares sont les images de temps passés sur les berges du fleuve pourtant si proche d’elleux et visible depuis les hauteurs de la ville. Cette idée d’embrasure, de tension entre ce qui est visible et ce qui ne l’est pas, ce qui nous est accessible ou non constitue sans doute le coeur de ce travail initié par l’artiste. Car une fois avoir glané toutes ces photographies de vacances, de baignade et de temps passé sur la plage, Cassandre Cecchella s’est enfermée dans le noir de son atelier pour peindre frénétiquement une vingtaine de toiles. Celle qui est une habituée de la peinture en plein air a fait le choix d’un protocole inédit : elle a projeté les photographies qu’ont lui avait confiées sur la surface à peindre puis a suivi les contours qui lui étaient imposés. Sa main est contrainte, elle devient machine à peindre. Mais loin d’elle l’envie de tendre vers un hyperréalisme superflu. L’artiste voulait avant tout explorer la rapidité du geste, procéder par touche, voir le pinceau rentrer brièvement en contact avec la toile. Comme si ses mouvements devaient rejouer ce moment furtif où point en nous le souvenir. Ces protocoles auxquels Cassandre Cecchela se soumet viennent contraindre son corps, imposent un cadre, prescrivent un rythme. Ils la font presque basculer du travail de peintre à celui de performeuse. Je serai même tentée de dire qu’à Bassens, s’est joué une chorégraphie ou une grande pièce de théâtre dans laquelle se mouvaient autour de l’artiste les habitant·es de Bassens et leurs souvenirs. Cette dernière était comme projetée dans un album de famille, entourée par ces figures peintes à échelle une, face à des inconnus dont on lui avait confié le souvenir. Enfin, si l’artiste s’est ainsi mise à la disposition des habitant·es, elle les a aussi contraint·es à une implication certaine. Ses peintures, les déroulantes, ont été réalisées sur des stores. Si bien que pour y avoir accès, il faut s’emparer de la toile puis la faire glisser pour qu’enfin apparaissent les souvenirs que les Bassenais et Bassenaises ont souhaité y projeter.

Camille Bardin — Avril 2024


 

Prismes est un programme d’artistes associés à un territoire mêlant une résidence de recherche et d’expérimentation pendant un an pour un artiste, la création d’une commande publique non pérenne et un ensemble d’actions et de rendez-vous de médiation, permettant d’inclure les habitants et les usagers du territoire dans lequel s’inscrivent la commande, et la résidence dans des actions collaboratives pour la réalisation de la commande. 

Prismes souhaite crée un espace de pensée, de rencontre et de parole, dédiée à la recherche, à l’expérimentation artistique et à sa diffusion, pour inscrire durablement la présence de l’artiste sur le territoire et dans le quotidien de toutes et tous. À terme, l’objectif de Prismes est à la fois de parvenir à instaurer un contexte créatif innovant, impliquant à la fois artistes, institutions, usagers, habitants et professionnels des arts visuels pour aboutir à la réalisation d’œuvres éphémères faisant écho aux attentes d’un territoire en matière d’art public ; mais aussi d’accompagner sur un temps long un artiste dans le développement de son activité et de son économie, en prenant appui sur un projet artistique précis, mêlant recherche, expérimentation, production et médiation.

Dans le cadre de crédits exceptionnels du plan de soutien à l’économie de proximité, Bordeaux Métropole avait sollicité BAM projects pour imaginer un projet en soutien aux artistes plasticiens et à l’accès de l’art à toutes et tous. Prismes a été écrit par BAM projects sur la base de ses expériences passées d’accompagnement de projets artistiques et après plusieurs échanges individuels et collectifs en automne 2021 avec des artistes et des professionnels du champs des arts visuels. 

Prismes va se déployer dans 9 communes de Bordeaux Métropole à partir entre 2023 et 2024.